| Où? | Espace Séquence, 132 rue Racine Est, Chicoutimi |
| Quand? | 12 mars au 09 mai |
| Vernissage / Lancement | Jeudi 12 mars 2026, à partir de 17h |
| Artiste(s) | Marie-Ève Levasseur |
Le centre Bang est heureux d’accueillir, au printemps 2026, l’exposition Un jardin latent / cultiver le bruit, choisir le chaos – A Latent Garden / cultivating noise, choosing chaos de Marie-Ève Levasseur à l’Espace Séquence. À travers des installations hybrides et virtuelles, l’artiste explore ainsi les cycles de métamorphose et de décomposition du vivant au sein des espaces technologiques, transformant le chaos numérique et l’IA en un terreau fertile pour de nouveaux écosystèmes.
©Marie-Ève Levasseur – Techno-Compost (2025-2026) présentée à la Galerie de l’Université de Montréal
DESCRIPTION DU PROJET
Un jardin latent / cultiver le bruit, choisir le chaos – A Latent Garden / cultivating noise, choosing chaos
Le vouloir vivre du vivant représente un élan d’une stupéfiante puissance. C’est une pulsion vers l’avant qui, dans son essor, crée du désordre, du bruit et du chaos. Dans l’agitation et l’éparpillement, les choses se défont et se refont : le vivant re-existe autrement. Avec Un jardin latent / cultiver le bruit, choisir le chaos, Marie-Ève Levasseur propose la cohabitation de deux œuvres complémentaires qui questionnent l’intelligence artificielle (IA), tout en cultivant une sensibilité pour ce qui anime notre monde.
écosystèmes d’altérité radicale (2024-25), réalisée initialement dans le cadre d’une résidence à Sporobole, est une installation qui explore le potentiel cyborg de la figure de l’insecte par des scénarios d’hybridation technologique. L’œuvre examine le vivant à travers des écosystèmes qui sont caractérisés par des comportements, des aptitudes et des relations symbiotiques : parasitisme, mutualisme et commensalisme. Ce jeu d’interdépendances et d’interrelations hypothétiques se trouve articulé dans une mise en forme plurielle : imprimé textile, sculpture, ainsi qu’une série de cartes, s’y présentent telles les différentes facettes d’un univers multidimensionnel, issues de l’espace latent que circonscrit l’IA. Puis comme élément central, une vidéo générative simule sous nos yeux un enchaînement cyclique de (co)existences virtuelles qui évoluent dans un environnement obéissant à une logique métamorphique, offrant similitude et affinité avec le mouvement du vivant.
Techno-Compost (2025-26) a également été réalisée dans le cadre d’une résidence : cette fois avec la Galerie de l’Université de Montréal, sous l’accompagnement de la commissaire Christelle Proulx. L’œuvre de réalité virtuelle (RV) propose au visiteur une double expérience. Une première immersion se présente comme une fenêtre sur un espace métaphorique de traitement de données où « meurent » les fichiers numériques. S’accumulant à la manière de déchets organiques, ils s’empilent et se fondent, s’effritent, s’effacent, se dégradent et se décomposent. Des agents algorithmiques, inspirés des bactéries, champignons et insectes décomposeurs, génère ainsi un compost fictif, lequel redeviendra à nouveau—dans une seconde immersion—un terreau fertile. Cette deuxième expérience en RV suggère une régénération active et prolifique, s’inscrivant à la suite d’un processus cyclique d’entropie. Par ce travail de simulation numérique, l’œuvre interroge l’enjeu d’accumulation des données qu’accélère désormais l’IA générative. Cette réflexion de l’artiste est d’ailleurs renforcée par l’utilisation des « restes » de sa résidence précédente.
Le jardin latent—en résonance avec l’insaisissable espace qu’est celui de l’IA—est ici un environnement spéculatif, un lieu d’épanouissement des potentiels.
Texte de Nathalie Bachand, commissaire indépendante
Le centre Bang tient à remercier Ubisoft Saguenay pour son soutien technique indispensable à la tenue de cette exposition.
©Marie-Ève Levasseur – Installation ecosystems of radical otherness (2024-2025) crédit photo : Jean-Michel Naud pour Sporobole
DÉMARCHE DE L’ARTISTE
Depuis toujours, le travail de Marie-Ève Levasseur se situe à la frontière entre les arts visuels et les arts numériques. Il est multidisciplinaire, et se déploie à travers divers médias tels que la vidéo, l’installation, la sculpture, l’impression numérique, l’animation 3D et la réalité virtuelle et augmentée.
L’artiste s’intéresse à la notion de processus, à la métamorphose, au devenir hybride et à la collaboration potentielle avec le non-humain — qu’il soit technologique ou vivant. Ses recherches s’inscrivent dans un posthumanisme féministe, nourri par la science-fiction féministe et son potentiel émancipateur. Inspirée par Donna Haraway et Rosi Braidotti, ielle utilise la fabulation spéculative pour créer des situations imaginées ou ancrées dans le réel, accompagnées de dispositifs fictionnels ou d’extensions corporelles, visant à ouvrir un dialogue interespèces et à réfléchir à nos dépendances mutuelles.
Poursuivant ses expérimentations inspirées des récits de science fiction féministe, l’artiste s’intéresse actuellement à la notion d’altérité, d’identités multiples et de devenir, en lien avec les technologies actuelles. La figure de l’insecte — corps radicalement « Autre », proche du technologique — l’amène à questionner la norme et à voir le corps comme un « glitch », ouvrant vers un posthumanisme inclusif. Son approche est affirmative, critique et propositionnelle. Ielle s’engage dans un apprentissage continu de nouvelles techniques, où le DIY et l’open source jouent un rôle central — une posture qui prolonge son intérêt pour la collaboration, l’autonomie et la transformation des systèmes dans lesquels nous vivons.
©Marie-Ève Levasseur – Techno-Compost (2025-2026) présentée à la Galerie de l’Université de Montréal
BIOGRAPHIE
Marie-Ève Levasseur est artiste interdisciplinaire basé.e à Tiohtià:ke/Montréal, où ielle brasse de la bière et cultive son jardin (de balcon) — deux pratiques qui résonnent avec son intérêt pour les processus organiques, les mutations et les collaborations non humaines.
Après avoir vécu, étudié et travaillé à Leipzig (Allemagne) pendant plus de treize ans, ielle retourne au Québec en 2021. Son parcours académique a commencé à l’UQAM, où l’artiste a étudié l’histoire de l’art avant de se tourner vers les arts visuels et médiatiques. C’est durant cette période que Levasseur a présidé l’association étudiante, fondé un espace artistique étudiant (L’art passe à l’Est) et coordonné le festival de performance Actio, des expériences qui ont forgé son engagement communautaire, aujourd’hui poursuivi au sein du conseil d’administration de Sporobole.
À l’Académie des beaux-arts de Leipzig (2011-2016), Levasseur a obtenu une maîtrise, puis un Meisterschüler en arts médiatiques. En 2015, sa rencontre avec la philosophe Rosi Braidotti à Utrecht a donné naissance au Posthuman & Art Research Group, un collectif interdisciplinaire qui a nourri ses réflexions théoriques et pratiques jusqu’à ce jour.
Ses installations ont été exposées internationalement — Berlin, Paris, Montréal, Zürich, Hong Kong, Londres — et ielle a bénéficié de résidences telles que Schloss Solitude (Allemagne), Centre SAGAMIE, Sporobole et La Chambre Blanche (Canada). Régulièrement soutenu.e par le Conseil des arts du Canada et le Conseil des arts et des lettres du Québec, Levasseur prépare actuellement un projet de recherche qui prolongera son intérêt pour le compostage numérique, le spéculatif et le slow tech.
Pour en savoir plus sur le travail de l’artiste : marieevelevasseur.com